FMD 2016: Conversation avec Hervé Léger Leroux

Le couturier français Hervé Léger initiait, hier soir, la série de conférences du Festival Mode & Design. Un rendez-vous qui a réuni les amoureux de mode dans l’élégante enceinte du Musée d’Art Contemporain de Montréal pour écouter cette légende du style converser avec le journaliste et co-fondateur du magazine Dress to Kill, Stéphane Le Duc. Une occasion privilégiée de découvrir le parcours atypique d’Hervé Léger, et de plonger dans ses souvenirs auprès des plus grands couturiers et mannequins.

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Les premiers contacts d’Hervé Léger avec la mode

Hervé Léger s’intéresse très tôt aux robes, en regardant sa mère et sa soeur demander à leur couturière de reproduire les robes qu’elles trouvent dans les magazines. Le jeune Hervé observe le travail de la couturière avec grande attention. “J’ai appris à construire une robe en l’observant”, explique-t-il.

Un parcours atypique

Hervé Léger naît en 1957 dans le Nord de la France mais c’est à Paris qu’il s’installe pour suivre les cours des Beaux-Arts. L’époque est alors mouvementée, nous sommes en pleine période de revendications sociales et les manifestations se multiplient sur les pavés parisiens. “Quand je me suis retrouvé dans la rue à scander ‘On veut des crédits pour nos malades’, j’ai compris que je n’étais pas à ma place”, se souvient-il en riant. Il se tourne alors vers la coiffure, en salon d’abord puis en studio, devient chapelier, puis designer de vêtements. “Un parcours assez logique dans les années 1970 / 1980 finalement! Les gens étaient bien plus accessibles à l’époque et les choses bien plus faciles. Il n’y avait pas cette anxiété”.

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De la coiffure aux vêtements

Hervé Léger est coiffeur en studio quand il rencontre les gens de Kenzo. Par un concours de circonstances, ils lui demandent de faire des vêtements. Un lien avec le vêtement qui ne surprend pas le designer en herbe: “Le vêtement m’a accompagné même dans les pires moments de ma vie. Je suis comme Scarlet [O’Hara], je décroche un rideau et je fais une robe!”

La rencontre avec Karl Lagerfeld

L’un des moments les plus déterminants de la carrière d’Hervé Léger est sa rencontre avec Karl Lagerfeld. La rencontre a lieu à un souper, un samedi soir, chez une amie journaliste. Le déclic entre les deux couturiers est immédiat. “Karl m’a proposé de le rencontrer le lundi. Je lui ai apporté mon book mais il s’en foutait. Il avait aimé mon énergie et m’a donc demandé si je voulais venir avec lui en Italie quelques jours plus tard”. Lorsque Hervé Léger lui répond qu’il ne parle pas italien, Karl lui répond: “Et alors?”. Les deux hommes se retrouvent donc quelques jours plus tard à Rome, chez les soeurs Fendi.

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Couturier chez Fendi à Rome

Lorsque Hervé Léger arrive pour travailler dans la maison Fendi, il ne s’agit alors que d’une petite affaire familiale, spécialisée dans le prêt-à-porter. “Karl Lagerfeld m’a tout de suite fait confiance. Il aimait mon sens de la proportion et ma capacité à couper droit. Il ne faut pas oublier que j’étais coiffeur!” Chez Fendi, Hervé Léger jouit donc d’une grande liberté de création. “Un jour, Karl mangeait des raviolis. Il en a été inspiré, a pris un morceau de fourrure et a commencé à y tailler des raviolis. On en mettait partout!”, se souvient le couturier en riant. “On travaillait beaucoup, on riait beaucoup et les soeurs Fendi faisaient de l’argent!”.

Arrivée d’un trublion chez Chanel

Quand Hervé Léger arrive chez Chanel à Paris, la maison a une image très démodée. Le défi est donc de relancer la marque. Un challenge mené en coulisses par Karl Lagerfeld. “Je travaillais la journée chez Chanel puis j’allais chercher les croquis chez Karl le soir. C’était encore très secret qu’il était derrière”. Avec l’aide de la styliste Eva Campocasso, dont l’énergie anticonformiste souffle comme un vent de liberté, Hervé Léger et Karl Lagerfeld (dans l’ombre) brisent les codes. “On a fait du Chanel punk, on a lancé les premiers talons de 9 cm, un scandale à l’époque. On a fait le premier casting sexy, un autre scandale à l’époque. Je n’avais pas du tout conscience qu’on était en train de foutre le bordel. Je m’en foutais complètement!”

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La vraie histoire des robes à bandes

Les pièces les plus iconiques créées par Hervé Léger sont sans équivoque ses célèbres robes à bandes. Des robes qui gainent si bien le corps des femmes qu’elles en améliorent la silhouette et donnent une attitude de confiance incontestable. D’où est venue l’idée des robes à bandes? “J’ai piqué l’idée aux égyptiens”, rit le designer avant d’expliquer que le premier modèle est né après qu’il ait récupéré des bandes de tissus puis qu’il les ait moulé sur un mannequin en bois.

“Une journaliste a repéré la robe sur Naomi Campbell et Monica Bellucci lors d’un défilé. Elle s’est ensuite battue pour que la photo prise avec Monica Bellucci soit publiée dans le ELLE US. À l’époque, aucun vêtement ne pouvait être présenté dans le magazine s’il n’était pas vendu aux États-Unis alors elle a menti en disant que mes robes allaient être vendues chez Barney’s”, se souvient Hervé Léger. À cette période, il fallait au couturier près de deux semaines pour réaliser un exemplaire. Devant le succès soudain de ses robes à bandes, il a fallu embaucher et intégrer un zip dans la robe pour faciliter l’enfilage.

De Hervé Peugnet à Hervé Léger puis Leroux

Lorsque Hervé naît le 30 mai 1957 à Bapaume, dans le Nord de la France, son nom de famille est Peugnet. Lorsqu’il réfléchit à créer sa marque en 1985, Karl Lagerfeld lui dit: “Ton nom est trop moche, tu n’as qu’à trouver un truc plus léger”. Hervé Léger était né. Dans années plus tard, quand la maison Hervé Léger est rachetée puis le couturier mis à la porte, il n’a plus le droit d’utiliser son nom. “Ma soeur a écrit à Karl pour lui demander s’il avait une idée pour un nouveau nom. Il lui a répondu que puisque j’avais vieilli mais que j’étais toujours roux, je devais m’appeler Hervé Leroux”.

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Le rachat d’Hervé Léger

“Le rachat d’Hervé Léger, l’entreprise que j’avais créée, a été un désastre. Je ne suis d’ailleurs pas sûr de m’en être remis. C’est atroce mais business is business”. Interrogé par Stéphane Leduc sur ce moment difficile, Hervé Léger se souvient: “Les investisseurs m’ont permis de me développer, de développer la marque. Ça se passait bien, les chiffres avaient augmenté. Puis ils ont pris la décision de vendre. Comme ils étaient majoritaires, ils ont vendu à qui ils voulaient. Je ne me suis pas entendu avec cette personne et on m’a demandé de partir”.

Le tandem avec sa soeur

“S’il n’y avait pas eu ma soeur, j’aurais tout arrêté. Je voulais ouvrir une pépinière, mais elle m’a rappelé qu’il y aurait forcément des parasites qui pourraient mettre en danger mes plantes. Alors j’ai continué dans la mode”. La famille et les amis: les deux piliers indispensables selon Hervé Léger. “On ne peut pas vivre sans amour. Si tout ça disparaît, on est mal!”

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De Wolford à Hervé Léger-Leroux

Aussi étonnant que cela puisse paraître, Hervé Léger n’a jamais manqué une collection. Suite à sa mise à pied de la maison qui porte son nom, il se voit très rapidement proposer un contrat par la griffe de lingerie Wolford. En parallèle, il re-crée sa maison de mode sous le nom de Hervé Léger-Leroux. Un petit atelier de couture intimiste, dont le nom se garde jalousement. “Face aux grands groupes, ça a été difficile, mais heureusement, j’ai mon fan club qui aime mon travail, et refuse de partager l’adresse avec leurs amies (rires)!”

 

Pour en savoir plus sur le travail d’Hervé Léger, visitez hervelleroux.com ou suivez le sur Instagram @hervelleroux 

 

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Texte et photos: Sarah Meublat

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